Private equity : investir dans des sociétés peu visibles (et pourtant essentielles)

Article rédigé le lundi 13 juillet 2026

Dans le cadre de notre série consacrée aux actifs diversifiants, après avoir exploré l’or, les métaux précieux ainsi que les actifs en forêts et vignes nous nous intéressons aujourd’hui au private equity, également appelé capital-investissement.

Il existe une part de l’économie que la plupart des épargnants ne touchent jamais directement. Les entreprises cotées en Bourse, celles dont on suit les cours au quotidien, ne représentent en réalité qu’une infime fraction du tissu économique. La très grande majorité des sociétés françaises, des PME familiales aux entreprises de taille intermédiaire en pleine croissance, ne sont pas cotées. Investir dans ces sociétés, c’est précisément l’objet du private equity.

Longtemps réservé aux investisseurs institutionnels et aux grandes fortunes, en raison de tickets d’entrée souvent important, le private equity s’ouvre depuis quelques années aux particuliers. Cette évolution mérite qu’on s’y arrête, car cette classe d’actifs obéit à des logiques très différentes de celles des placements traditionnels.

 

Qu’est-ce que le private equity ?

Un fonds de capital-investissement collecte l’argent de plusieurs investisseurs, puis prend des participations dans des entreprises non cotées. L’objectif est d’accompagner ces sociétés dans leur développement, sur une durée généralement comprise entre cinq et dix ans, avant de revendre ces participations en espérant réaliser une plus-value.

Cette logique se décline en plusieurs grandes familles. Le capital-risque finance les jeunes entreprises innovantes, à un stade où le risque d’échec est élevé mais le potentiel de croissance considérable. Le capital-développement accompagne des sociétés déjà établies qui cherchent à financer une nouvelle phase d’expansion. Le capital-transmission intervient lors du rachat d’entreprises matures, souvent dans le cadre d’une cession ou d’une réorganisation de leur capital.

Dans tous les cas, la valeur ne provient pas de la fluctuation d’un cours de Bourse, mais du travail de fond mené sur l’entreprise elle-même : sa croissance, l’amélioration de sa rentabilité, sa transformation.

 

Le couple rendement/risque

Le private equity se distingue historiquement par des rendements élevés. Selon l’étude annuelle de France Invest et EY, le capital-investissement français affichait fin 2024 un taux de rendement interne net de l’ordre de 12 % par an sur dix ans, un niveau supérieur à celui des grandes actions cotées et de l’immobilier sur la même période.

Ce chiffre appelle toutefois une lecture prudente. Il s’agit d’une moyenne, et la dispersion entre les fonds est considérable. Les meilleurs fonds affichent des performances remarquables, quand d’autres déçoivent, voire détruisent du capital. La sélection du fonds et de l’équipe de gestion est donc déterminante, bien davantage que pour un placement indiciel classique.

Par ailleurs, le rendement accessible aux particuliers via l’assurance-vie est généralement inférieur à celui des institutionnels. L’étude France Invest et Quantalys d’avril 2025 situait la performance moyenne des fonds de private equity accessibles en assurance-vie autour de 5 à 6 % par an. Cet écart s’explique notamment par la poche de liquidité que les assureurs doivent conserver et par l’empilement des frais entre le fonds et le contrat.

Il faut enfin rappeler une évidence : le private equity comporte un risque réel de perte en capital. Investir dans des entreprises non cotées, c’est accepter que certaines d’entre elles échouent. La diversification opérée au sein d’un fonds, qui répartit l’investissement sur plusieurs dizaines de sociétés, atténue ce risque sans jamais l’éliminer. Vous pouvez tomber sur la prochaine marque affichant un fruit comme logo. Mais pourrez aussi vous contenter de regarder votre âge au fond de votre verre…

 

La contrainte majeure : le blocage des capitaux

C’est la caractéristique la plus structurante de cette classe d’actifs, et celle qu’un épargnant doit intégrer avant toute chose. Le private equity est un placement peu liquide, dont les capitaux sont immobilisés sur de longues durées, souvent au moins cinq ans, parfois davantage.

Cette illiquidité n’est pas un défaut accidentel, elle est consubstantielle à la stratégie. Transformer une entreprise, l’accompagner dans sa croissance et la revendre dans de bonnes conditions prend du temps. L’investisseur est rémunéré, en partie, précisément pour cette patience et pour l’acceptation de ne pas pouvoir récupérer ses fonds à tout moment.

Cette contrainte a une conséquence directe sur la construction d’un patrimoine. On n’investit en private equity que des sommes dont on sait, avec une raisonnable certitude, qu’on n’aura pas besoin avant l’échéance. Ce n’est en aucun cas un support destiné à l’épargne de précaution ni aux liquidités mobilisables à court terme.

Les modalités d’accès récentes atténuent partiellement cette rigidité. Certains fonds dits evergreen, à capital permanent, offrent des fenêtres de rachat plus régulières. L’accès via un contrat d’assurance-vie permet parfois des rachats anticipés, mais toujours sous conditions (voir pénalités de rachats) et sans garantie de pouvoir sortir au moment souhaité, ni à la valeur espérée.

 

Comment y accéder aujourd’hui ?

Deux grandes voies s’offrent au particulier. La première est l’investissement direct dans un fonds, sous forme de FCPR, FPCI ou société de libre partenariat. Cette voie exige généralement des tickets d’entrée plus élevés et une bonne compréhension des mécanismes. La seconde, plus accessible, passe par les unités de compte d’un contrat d’assurance-vie ou d’un PER. Le ticket d’entrée y est plus faible, et l’enveloppe apporte son propre cadre.

Cette seconde voie a connu un essor notable depuis la loi Industrie Verte, entrée en vigueur le 24 octobre 2024. Ce texte impose désormais aux contrats d’assurance-vie et aux PER souscrits en gestion pilotée d’intégrer une part minimale d’actifs non cotés pour les profils équilibrés et dynamiques. Beaucoup d’épargnants détiennent ainsi une exposition au private equity sans nécessairement en avoir eu conscience. Comprendre ce que recouvre cette poche, sa logique et ses contraintes, devient dès lors utile pour tout détenteur d’un contrat récent.

 

Un actif de diversification, à intégrer avec discernement

Le private equity n’est ni une martingale ni un placement à éviter. C’est une brique de diversification qui présente un intérêt réel : une performance potentiellement attractive sur le long terme et une corrélation partielle avec les marchés cotés, la valorisation trimestrielle des fonds les isolant en partie des variations boursières quotidiennes.

Ces atouts n’ont de sens que pour un investisseur disposant d’un horizon long, d’une épargne déjà structurée et d’une capacité à immobiliser une fraction de son patrimoine sans contrainte de liquidité. La question n’est donc pas de savoir si le private equity est un bon placement dans l’absolu, mais s’il a sa place, et dans quelle proportion, au sein d’une allocation d’ensemble cohérente. Le maître mot reste là aussi la diversification.

Chez Bouvier, nous abordons cette classe d’actifs comme les autres composantes d’un patrimoine : avec mesure, en fonction des objectifs, de l’horizon d’investissement et du profil de risque de chacun. Une exposition au non coté peut enrichir une allocation, à condition qu’elle soit calibrée avec justesse et pleinement comprise dans ses implications.

Notre équipe reste à votre disposition pour analyser avec vous la pertinence d’une exposition au private equity dans votre stratégie patrimoniale.

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